Henri Fauconnier, de l’aventure à la littérature (2/2)

par Serge Jardin

Deuxième partie : l’écrivain

Le clan des Charentais

On ne peut comprendre le succès de notre planteur sans tenir compte de la dimension humaine de l’entreprise. Il ne s’agit pas d’une aventure individuelle. Ils sont partis à trois, le trio a survécu aux épreuves et son existence a incontestablement contribué à la réussite. Il est indéniable qu’il y eut des passages à vide, des moments de doute, des désirs d’abandon que la correspondance d’Henri Fauconnier ne mentionne pas. Les lettres sont faites pour rassurer la famille. L’optimisme est de mise, sinon comment faire des appels de fonds ? La solitude est l’ennemie de l’aventurier. Non seulement le cadre physique, le climat surtout, et l’environnement culturel, totalement étrangers, sont à apprivoiser, comme la cuisine et la religion, il y a aussi la barrière de la langue ou bien encore l’éloignement familial.

Mieux encore qu’une équipe francophone, Henri Fauconnier est parvenu à rassembler autour de lui un cercle de Charentais. On ne peut pas ne pas penser au livre de Jacques Chardonne, l’ami d’enfance, Le Bonheur de Barbezieux. Henri, ses sœurs et le jeune Charles, leurs voisins à Barbezieux, les enfants Boutelleau (dont le futur Chardonne) et Delamain ont créé une bande d’amis où la littérature le dispute à la musique, la peinture à la poésie. Et ce groupe d’enfants donnera plus tard naissance à cinq écrivains, une traductrice, un historien et deux artistes. Henri a d’une certaine façon, transposé Barbezieux à Rantau Panjang, il a reconstitué, adulte, un cercle étroit de relations qui permet, au-delà de la relation professionnelle, de rire et de s’amuser, de se distraire et de créer, de partager et de s’épancher et qui rattache nos expatriés à leur terre natale et à leur famille.

Il y a d’abord le trio fondateur, dont deux, Henri et Jean Audoin sont charentais. Le troisième Charentais, de Barbezieux même, à les rejoindre est un ami d’enfance d’Henri, René Garnier. Celui-ci a tenté sa chance à Madagascar (sans succès) et il deviendra l’adjoint fidèle d’Henri. Il dirigera plus tard Sungei Tinggi, situé au-delà de Rantau Panjang. Un autre ami d’enfance embarque avec lui quand il rentre en Malaisie en 1909, c’est Jean Meslier. Pendant la guerre, en 1917, Henri épousera sa sœur Madeleine. Et puis débarque, toujours de Barbezieux, Julien Fournier, un ami de René Garnier. Il faut ajouter Charles, le petit frère d’Henri, qui après avoir appris l’anglais dans la même école que lui en Angleterre est venu le rejoindre en Malaisie. Deux autres Charentais rejoindront la Malaisie après la guerre, un certain Goblot et Henri Camus. Ce dernier illustrera le livre Malaisie de son ami Henri en 1930.

Gravure sur bois d’Henri Camus.

Il faut également mentionner que la mère et les deux sœurs d’Henri sont venues lui rendre visite à trois reprises. Marie rencontrera un ami de la famille à Singapour, Charles Parant qui travaille à la Banque de l’Indochine à Singapour. Mariés en 1914, le mariage ne durera guère plus longtemps que la tentative de s’essayer au métier de planteur. Geneviève, l’ainée, épousera un neveu d’Adrien Hallet à Kuala Lumpur en 1915, le belge René Van den Berg. Des cousins germains, René et André Fauconnier débarquent également ainsi que le Sarthois Raoul Cholet, ils poursuivront leur carrière de planteur en Indochine.

Pour finir il faut ajouter un Australien d’ascendance française. Emile Fesq est australien, mais il est plus français que les Français. Sa rencontre en mer avec Henri en 1909 a été décisive, il sera planteur. Il a fait ses classes à Sungei Rambai avant de se mettre à son compte, nous le retrouverons un peu plus loin avec sa famille. En souvenir du cercle des enfants de Barbezieux, Henri crée en 1911 un journal, le Journal de Rantau, auquel tous les membres du clan contribuent. Nous ne sommes plus très loin du Bonheur de Rantau Panjang.

De Malaisie aux Visions

L’aventure aurait pu s’arrêter là. Non, ou plutôt une seconde aventure va commencer, littéraire celle-là. Henri Fauconnier maintenant installé en Tunisie va raconter la Malaisie. Il va donner le roman qu’il portait en lui, un seul, mais quel roman ! Il se verra récompenser par le prix Goncourt en 1930.

L’édition du prix Goncourt.

C’est en vérité la Malaisie qui est récompensée par la célèbre académie. La démarche est originale, en effet le roman n’est pas consacré à l’œuvre coloniale, ni dans ses aspects politiques, ni dans ses réalisations économiques. On remarquera la totale absence des hauts lieux de la grandeur coloniale, qu’il s’agisse d’architecture, d’église ou de musée. Henri Fauconnier privilégie les hommes et les communautés qui l’entourent. La communauté japonaise (et ses prostituées) est juste mentionnée pour mémoire. Henri Fauconnier est un planteur, il aura peu fréquenté les Chinois qui travaillent en grand nombre dans les mines d’étain ou bien s’adonnent au commerce dans les villes. Au plus près c’est le boy fumeur d’opium, qui fait la cuisine : « Le Chinois est routinier. Mis dans le désordre et la crasse, ils savent les cultiver avec une conscience méticuleuse. » La première des communautés qui l’entoure est bien sûr l’Européenne, composée pour l’essentiel de planteurs avec qui l’on socialise et que l’on retrouve au club. C’est à Kuala Lumpur, le Spotted Dog (ainsi surnommé, parce que certains disent qu’on y acceptait des non-Européens, d’autres affirment que c’est à cause des deux dalmatiens de la femme du directeur de la police), c’est aujourd’hui le Club Royal du Selangor, sur la place de l’Indépendance, et plus près de Rantau Panjang, le club de Kampung Kuantan (aujourd’hui le Club de Golf Royal de Kampung Kuantan) où se retrouvent les planteurs du district.

Bien sûr la plantation, la raison d’être du planteur, est minutieusement décrite, avec ses arbres (que l’on peut presque appeler par leur nom) et ses installations (usine, logement, infirmerie, école…), ainsi que le travail qu’on y fait (du défrichage à la sortie du caoutchouc sous forme de feuille), et la journée du planteur, sa solitude aussi. Henri Fauconnier nous décrit le cadre de vie du planteur, le bungalow, avec son personnel, ses animaux… Il brosse le portrait de planteurs typés et typiques, où ivresse et paternalisme font bon ménage.

La communauté indienne est largement représentée. C’est la main d’œuvre de la plantation sur laquelle le planteur règne en maître. La relation est le plus souvent paternaliste. « Sans renoncer au rotin, j’en usai rarement », écrit Henri Fauconnier. C’est aussi la belle Palaniaï, « bibelot » participant de l’hygiène du planteur et de l’apprentissage de la langue tamoule. L’expression anglaise, the sleeping dictionary, en résume parfaitement la double fonction. Il faudra attendre le dernier quart du XXème siècle pour voir un planteur épouser une chinoise ou une indienne. Ce sont aussi les fêtes, comme Ti-Vali (la fête des lumières), les noix de coco et l’odeur de l’huile de coco, les danses, le sacrifice de chèvres…

Mais la Malaisie d’Henri Fauconnier c’est avant tout le Malais et sa culture, dont Smaïl et son frère Ngah sont les véritables vecteurs qui permettent de pénétrer le hati (les Malais situant notre cœur dans le foie). La découverte prend le chemin d’un long parcours initiatique. Cela ressemble d’abord à de l’indifférence, plutôt que le contact, le Malais préfère se tenir sur la marge. Souvent interprété comme de l’insouciance, où toute fatigue est nuisible, cela ne peut rapidement que provoquer de l’irritation. Ce n’est finalement que lorsque la paresse est bien comprise et devient une vertu que l’intérêt peut sourdre et s’épanouir. Impossible de comprendre la culture malaise, écrit Henri Fauconnier, si on ne considère pas les trois couches dont elle est le produit. L’animisme la plus ancienne, qui plonge ses racines dans la nuit des temps ; l’hindouisme, la plus longue période historique ayant irrigué l’archipel. L’islam enfin, dont les particularismes locaux ne peuvent se comprendre sans l’éclairage des deux couches précédentes.

Si les érudits l’ont fait découvrir à nos élites au XIXème siècle, si nos poètes, en emboîtant le pas à Victor Hugo, l’ont bien vite trahi, c’est Henri Fauconnier, qui au début du XXème siècle est le chantre du véritable pantoun malais. Ce petit quatrain, parfois malicieux, parfois sentencieux, est, écrit-il « entre le concret et l’abstrait un jeu de saute-mouton où le mouton n’est pas seulement sauté, mais sauteur ». Et puis se succèdent, latah, hystérie particulière aux Malais ; le kriss, arme magique, arme symbolique ; ronggeng, spectacle de danse et de joute poétique, et l’amok enfin, le fameux cri de guerre des pirates malais !

Henri Fauconnier fait également la part belle à la nature. Il note l’absence de saison et bien sûr la pluie omniprésente qui donne naissance à cette forêt pluviale toujours verte. « Les marécages de la côte ne sont pas la vrai Malaisie, mais seulement la déjection de ses montagnes », écrit-il. (Un peu comme l’étain extrait de la pépite de cassitérite qui naît du granite de la Chaîne principale, mais que l’homme exploite dans la plaine alluviale). Il nous donne de fort belles pages sur la forêt, tout particulièrement au lever du jour.

La Maison des Palmes dessinée par Charles Fauconnier.

Le voyage sur la côte orientale est l’occasion de traverser la Chaîne principale qui sépare les deux côtes de la péninsule. On passe la nuit au col, à la Resthouse du Gap, dont Henri appréciait beaucoup la fraîcheur. La première route construite s’arrêtait d’abord à Kuala Lipis. Il fallait ensuite descendre en barque le fleuve Pahang jusqu’à son estuaire en mer de Chine du sud (Kuala Pahang). La plage décrite dans Malaisie ressemble toutefois davantage à celle de Penyabong, dans le Johor où Henri passa ses derniers jours heureux en Malaisie. La nudité est alors tout simplement l’aboutissement naturel de ce retour au paradis primitif.

La modernité du roman réside dans la place qu’y occupe la Malaisie. Ce n’est pas une simple toile de fond devant laquelle s’agiteraient des Européens dépaysés. Comme l’écrit Henri en 1960, « le vrai sujet de mon livre ce n’est ni Rol(ain), ni Lesc(ale), c’est la Malaisie. » Ce roman ne contribuera pas peu à dessiner les contours de l’imaginaire français (et au-delà, grâce à ses nombreuses traductions) au XXème siècle. La place faite aux Malais et à leur culture est tout à fait remarquable. Mais la première traduction de Malaisie, quatre-vingt-cinq ans plus tard dans la langue nationale, hisse l’œuvre au rang de littérature post-coloniale. L’indépendance assumée, l’industrialisation assurée, l’urbanisation accélérée, et l’islamisation affichée sont autant de facteurs propices au regain d’intérêt pour un monde que nous avons perdu. C’est ainsi que la découverte de Malaisie par les Malaisiens s’inscrit tout à la fois dans le paradoxe de la modernité et de la nostalgie.

Et puis après ? Sans doute au grand dam de son éditeur (quand on gagne le prix Goncourt, les retombées financières sont assurées), Henri Fauconnier n’écrira pas de second roman. Il a écrit qu’il n’avait jamais vraiment envisagé de suite à Malaisie, mais qu’il manquait peut-être un chapitre. « Il manque 20 ou 30 pages à Malaisie, mais mes éditeurs étaient pressés… » (à cause de la date de la réunion annuelle de la célèbre académie, bien-sûr). Henri aurait sans doute aimé dévoiler un aspect peu connu de la Malaisie à l’époque, et qu’il considérait comme le vrai pays, celui de la montagne, de la forêt et des grottes, et de ses habitants, les Sakai (population aborigène que l’on appelle aujourd’hui les Orang Asli). Il nous reste à imaginer Rolain fuyant la police, remontant les rivières vers l’inconnu, affrontant les rapides, couchant la nuit dans des grottes… jusqu’à sa disparition, adopté par les tribus Sakai. Henri Fauconnier retrouvant les concordances et les résonnances conradiennes de ses premières lectures.

Henri Fauconnier va cependant rompre son silence littéraire en 1938 pour nous offrir un recueil de nouvelles, Visions. Dans trois des sept nouvelles que compte le recueil, « Noël malais », « Inde dravidienne » et « Barbara », Henri ravive ses souvenirs de planteur.

Visions.

Dans « Noël malais » on retrouve la solitude du planteur avec son serviteur chinois. Il évoque un dilemme auquel je suis encore confronté un siècle plus tard. De la moustiquaire de tulle versus la moustiquaire de mousseline, ou du maillage plus ou moins serré de la moustiquaire qui la rend plus ou moins étouffante et plus ou moins performante. Orage et pluie diluvienne, Henri décrit l’arrivée surréaliste au milieu de l’inondation, d’une dinde pour Noël offerte par le planteur et ami voisin. La fin de la nouvelle est tragique, l’ami noyé, mangé par les crocodiles (?) n’arrivera jamais. La réalité est plus cocasse, il s’agit d’un souvenir du Noël de 1911 où l’inondation de la rivière Selangor fut particulièrement sévère, où l’oie (ou le canard habituel) fut remplacée par une dinde.

Le voyage qu’Henri a entrepris début 1912 en Inde du Sud pour aider au recrutement de la main d’œuvre pour la nouvelle plantation de Tennamaram est le prétexte d’« Inde dravidienne ».

Dans « Barbara » enfin, la plantation d’un phytopathologiste belge se trouve en territoire indonésien, au sud de Singapour, sur une des îles de l’archipel de Riau. Mais il est question d’une excursion dans les États Fédérés Malais. « Le confort pour les Européennes c’est ce qui prime tout, écrit-il, elles passent devant les splendeurs de la Malaisie de l’air le plus touristique, elles ne voient pas la jungle, mais les moustiques. Bukit Kutu (le Mont de la Puce), c’est ce que j’ai vu de plus beau en Malaisie, continue-t-il, la vue, le cirque montagneux, la mer, les nuages. Au sommet un roc sombre, énorme, comme une puce qui s’apprête à sauter sur la jungle. » La lente ascension se fait dans des fauteuils de rotin fixés sur les épaules de quatre porteurs. Dans la nouvelle, la descente tourne à la farce, se terminant les quatre fers en l’air, et la nouvelle, elle, vire à la tragédie, s’achevant par la mort du planteur belge.

Retour en Malaisie

La SOCFIN décide finalement de mettre à la retraite les administrateurs âgés de plus de 70 ans. Nous sommes en 1957, Henri Fauconnier a 78 ans. En guise d’adieux, il est invité en Malaisie du 1er au 20 août pour parrainer les fêtes du cinquantenaire de la SOCFIN (avec deux ans d’avance, 1909-1957). C’est plus vraisemblablement la naissance de la Malaisie indépendante (31 août 1957) qui est le prétexte du voyage. Son beau-frère, René Van den Berg est également du voyage. Cette fois il ne prend pas le bateau à Marseille, il fait le voyage en avion, en trois jours.

C’est au début des années 30 que les premières liaisons aériennes ont vu le jour, d’abord au départ du Bourget et de Marseille, vers Saïgon. Le vol dure douze jours et compte dix-huit escales. Pressentant l’avenir, The Straits Steamship Company participe à la création de la Malayan Airways en 1937. À la veille de la seconde guerre mondiale la durée du vol ne dure plus que six jours pour douze passagers en fauteuil couchette. Mais c’est après la guerre que les choses s’accélèrent. Dès 1946 les vols long-courriers d’Air France décollent d’Orly. Mais c’est de Londres qu’Henri Fauconnier a décollé, sans doute à bord d’un Super Constellation. C’est encore un avion à hélices, les premiers avions à réaction qui font leur début n’atterriront que deux ans plus tard à Singapour.

Le vol décolle de Londres à 9h30, pour se poser à Zürich à 12h00, d’où il repart à 13h00. À 21h30, l’avion atterrit à Beyrouth pour une escale d’une nuit. Il repart le lendemain à 9h45, et arrive à Karachi à 20h30, pour redécoller à 23h00. Après un vol de nuit, l’avion se pose à Calcutta à 5h50, pour repartir à 6h45. L’avion traverse le Détroit de Malacca, survole le Mont Ophir (Gunung Ledang), avec ses 1276 mètres, c’est le point culminant de tout le sud de la péninsule. L’avion se pose finalement à Singapour le troisième jour à 15h45 sur le tout nouvel aéroport de Paya Lebar qui a ouvert en 1955 (pour remplacer Kallang, Changi n’ouvrira qu’en 1981). Quelques années plus tard, le Boeing 707 assurera la liaison Paris-Singapour en 24 heures, avec quatre escales d’une heure à Rome, Suez, Karachi et Calcutta.

Kuala Lumpur a connu la même évolution que Paris un quart de siècle plus tôt. Avec l’augmentation de la taille des avions et du trafic, on est passé du Bourget, à Orly et en 1974 à Roissy. Ici, ce sera Simpang devenu Sungei Besi, puis Subang et finalement Sepang aujourd’hui. À partir de 1991, les avions sont capables de relier Paris à Kuala Lumpur sans escale, mais ce n’est plus vrai aujourd’hui. Air France et Malaysia Airlines ont supprimé leurs vols directs, et un changement d’avion est devenu nécessaire, soit en Asie, soit en Europe. Bref aujourd’hui on entre plus en Malaisie par Port Swettenham mais par KLIA (Kuala Lumpur International Airport). Cependant Port Klang n’a pas tout à fait disparu. En effet, si les navires de ligne transportant des passagers n’existent plus, les croisiéristes font escale au West Port, les plaisanciers au Royal Selangor Yacht Club et certains amoureux de la lenteur, de la mer aussi et d’une certaine idée du voyage arrivent aujourd’hui à Port Klang à bord de porte-containeurs.

Pour commencer ces vingt jours de pèlerinage, Henri Fauconnier descend à l’hôtel Raffles. Mais il est attendu à Kuala Lumpur pour témoigner de son expérience de planteur. Il va raconter aux jeunes planteurs comment on est passé en vingt ans de la hutte en bambou, la moustiquaire, le riz, les bananes et les conserves au bungalow de bois équipé d’électricité, la viande frigorifiée et le téléphone. Il découvre, sans nostalgie aucune, le nouveau pays qui va naître.

À Kuala Lumpur il est sans doute descendu à l’hôtel Fédéral, le nouvel hôtel de classe international, construit pour l’occasion, afin d’accueillir les dignitaires étrangers venus assister aux fêtes de l’indépendance. Il s’émerveille devant les hautes constructions, les enfants qui fréquentent des écoles tout neuves. S’il admire les hôtels modernes, luxueux et climatisés, il ne peut s’empêcher de se plaindre toutefois : « Je n’étais pas venu sous l’équateur pour y souffrir du froid. » Mais l’émotion bien-sûr est au rendez-vous, lors de l’excursion à Rantau Panjang, où il retrouve l’accueil simple et souriant des villageois et de la main d’œuvre tamoule, et puis au-delà de la plantation, le sanctuaire de la jungle.

Au pied d’un banian, en 1957.

Henri Fauconnier a aimé l’aventure et la littérature, ni l’une ni l’autre ne nourrisse son homme, dit-on. Sa vie de planteur lui a permis d’écrire Malaisie, et Malaisie l’a sauvé de la ruine au moment de la Grande Dépression. Henri Fauconnier n’est pas un écrivain-voyageur, il est profondément paysan. En 1904 il écrivait à ses sœurs : « Je ne suis pas un commis voyageur, je ne m’attache qu’après une certaine durée de séjour. Voyager m’est pénible. » Et dans Malaisie, il anticipe sur l’époque où le tourisme sera devenu un produit de consommation courante : « Je me demande ce que peuvent voir du monde ces touristes qui courent le monde » et « Nul pays ne déçoit, qu’on explore en profondeur. La satiété est une maladie de touriste ». Henri Fauconnier s’est éteint en 1973.

À lire :
Fauconnier Henri, Débuts en Malaisie, 1904-1911, Musset, Lettres non publiées, 1993
Fauconnier Henri, Lettres à Madeleine 1914-1919, Paris, Editions Stock, 1998
Fauconnier Henri, Malaisie, Paris, Editions Stock, 1930
Fauconnier Henri, Visions, Paris, Editions Stock, 1938
Fauconnier Roland, Henri Fauconnier, Conquêtes et renoncements, Editions du Pacifique, 2017

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