Au pays des morts (conte kadazan)

Kadazan DusunIl y avait une fois une très vieille femme qui partageait la maison de son fils, marié et lui-même père de sept garçons. Particulièrement méchants, six des sept petits-enfants maltraitaient leur grand-mère, trouvant sans cesse des prétextes pour la critiquer, l’accabler de reproches et même l’insulter. Seul le plus jeune, appelé Imputu, se montrait d’une grande douceur avec elle ; il cherchait toujours à lui faire plaisir et à la protéger contre les vilenies de ses frères.

Chaque jour, les mauvais garçons demandaient à leur grand-mère : « Dis donc, quand vas-tu enfin te décider à mourir ? » À la longue, cette cruelle question indisposa tellement la pauvre vieille qu’elle décida un jour, dans le plus grand secret, de quitter la hutte familiale, refusant de vivre plus longtemps avec ces individus cruels.

Très tôt le lendemain matin, elle se leva sans un bruit, fit un paquet de ses quelques effets personnels et se glissa hors de la hutte tout doucement, afin de ne réveiller personne. Une fois dehors, elle referma la porte en silence, mais le bâton sur lequel elle s’appuyait la trahit en heurtant le tronc d’arbre entaillé qu’elle descendait pour atteindre le sol. Le bruit réveilla le plus jeune de ses petits-fils, Imputu, qui se leva discrètement et la suivit sans se faire voir.

La vieille femme avançait lentement, se reposant souvent pour reprendre son souffle. Imputu, qui se demandait où elle allait, souffrait de la voir haleter de la sorte sans pouvoir lui porter secours. Mais comme il désirait connaître le lieu où elle se rendait, il continua à la suivre de loin.

Soudain le paysage changea. C’était comme si la grand-mère avait écarté la végétation avec sa main. Mais elle avait disparu ! Imputu se précipita et, écartant à son tour la végétation très dense, il découvrit un spectacle inouï. Il crut rêver. Devant lui s’étalait le Pays merveilleux des Morts. Il aperçut sa grand-mère qui entrait dans une grande hutte blanche. Il s’y précipita aussi. Sa grand-mère, décontenancée de le découvrir à ses côtés, se mit à pleurer. Il y avait là une grande assistance, des milliers d’yeux les regardaient. Imputu reconnut les yeux de son grand-père et, poussant un cri, voulut se précipiter vers lui. Mais il fut arrêté dans son élan par la manière étrange dont son grand-père le regardait : c’était comme s’il ne le reconnaissait pas.

Quelqu’un lui remit un gong blanc en lui disant : « Tu n’as pas ta place ici, rentre chez toi. Quand tu seras à mi-distance de ta hutte, frappe ce gong blanc et tu retrouveras ton chemin ». En toute hâte, Imputu reprit le chemin du retour, impatient de raconter ce qu’il avait vu.

Alors qu’il se trouvait à mi-chemin de la hutte des siens, il se retourna ; il pouvait encore voir l’entrée secrète qui conduisait au Pays des Morts. Mais aussitôt qu’il eut frappé le gong ainsi qu’il lui avait été ordonné, l’entrée secrète sembla éclater en mille morceaux et disparut. Le paysage était redevenu celui auquel il était habitué et, peu après, le jeune garçon se retrouva parmi les siens.

Tardivel-Villard - Contes et légendes de Bornéo

Tiré de Contes et Légendes de Bornéo, de Magali Tardivel-Lacombe & Mady Villard.
Reproduit avec autorisation. Copyright © 2013 Flies France.

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