Les hommes-tigres

Il faut savoir qu’en Malaisie les tigres sont souvent des êtres humains qui prennent une forme animale pour parvenir à leurs fins. On les appelle les hommes-tigres. Ils ont leurs propres villages et la charpente de leur maison est faite d’ossements, leurs murs sont tapissés de peau humaine et leur toit recouvert de chevelures de femmes.

Un jour, en demandant à des Malais comment ils pouvaient prouver que l’homme devenait réellement un tigre, ils ont cité le cas d’un villageois décédé qui, de son vivant, avait eu des dents plombées et aurifiées. Il avait été tué accidentellement pendant qu’il était sous la forme de tigre : dans la gueule du félin, on avait découvert la même aurification, les mêmes plombages que ceux qui ornaient sa bouche.

Hadji Abdallah, quant à lui, avait été pris nu dans un piège à tigres, et il avait dû racheter sa liberté en payant le prix des buffles qu’il avait tués pendant qu’il rôdait sous forme de félin.

On entend aussi parler d’innombrables paysans qui, après s’être repus de volailles tandis qu’ils étaient sous forme de tigres, vomissent des plumes en reprenant leur apparence humaine.

On reconnaît ici la croyance du sorcier qui prend la forme d’un animal, celle du loup-garou. En Malaisie, on ne choisit pas d’être loup-garou, on l’est de naissance ou par contagion. Un enfant le devient en mangeant les restes du riz de son père, lui-même loup-garou… Tout ce qui a été au contact de la salive d’un loup-garou perpétue la contagion. On peut même être contaminé rien qu’en posant sa tête contre un morceau de bois où un loup-garou a posé la sienne.

Pendant que le loup-garou dort, son « âme », son démon quitte son corps, et rôde sous la forme d’un tigre, d’un singe ou même d’un crocodile en quête de proie…

On dit qu’à chaque fois que l’homme-crocodile s’empare d’une prise humaine, il l’emmène aussitôt sous l’eau. Ou bien il l’étouffe dans la boue épaisse et molle du marécage, ou bien il la coince sous une racine submergée jusqu’à ce que noyade s’en suive. Quand il juge qu’un temps suffisant s’est écoulé, il saisit le corps du noyé et le remonte à la surface. Là il invoque le Soleil, la Lune et les Étoiles, et les prend à témoin que ce n’est pas lui le coupable, que l’eau seule a provoqué la noyade.

Après avoir répété trois fois cette étrange cérémonie, le crocodile plonge sous l’eau et commence à préparer le cadavre pour son repas.

Voici une autre histoire encore bien surprenante :

Une nuit, pendant que son corps matériel était assoupi dans sa maison, un loup-garou fit irruption chez un voisin et donna rendez-vous à l’epouse de celui-ci pour le lendemain. La femme, qui dormait, n’entendit rien. Le mari, lui, était éveillé mais préféra ne rien faire.

Le matin suivant, tous les hommes du village travaillaient ensemble à couvrir une maison. Les femmes vaquaient ailleurs à leurs tâches quotidiennes.

Après le premier repas, la femme en question, comme attirée irrésistiblement, s’en alla vers la plantation de tabac, là où le loup-garou lui avait donné rendez-vous. Son mari la suivit, et une fois sur place, se tint caché. Arriva alors le loup-garou, cette fois sous la forme d’un tigre dont l’enveloppe humaine continuait à travailler sur le toit.

Au moment critique, le mari bondit hors de sa cachette et asséna un coup de bâton au loup-garou qui, aussitôt, se transforma en une feuille d’arbre. Le mari s’en saisit, l’enfonça dans le creux d’un bambou et en boucha les deux bouts. Puis il réveilla sa femme qui s’était évanouie, et tous deux s’en retournèrent au village, emportant avec eux le bambou qui contenait le loup-garou.

Les hommes travaillaient toujours sur le toit. Le mari mit alors le bambou dans le feu qui servait à faire cuire le riz. Aussitôt, un homme sur le toit se mit à crier.

Le mari retira le bambou du feu ; l’homme se calma. Le mari reconnut ainsi l’homme loup-garou. Il remit le bambou au feu et l’homme sur le toit reprit ses hurlements de douleur. Le bambou se consuma lentement, et une fois rongé par les flammes, devinez quoi ?… L’homme loup-garou tomba du toit, raide mort !

Moi, je ne crois pas au loup-garou, mais si j’avais été dans ce village ce jour-là, sûrement que j’y aurais cru. Un peu.

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