Malacca Littéra-Tour (2ème partie)

Par Serge Jardin

Il y a les écrivains voyageurs et il y a les voyageurs en chambre, et puis il y a la rencontre de la littérature et du promeneur, celui qui marche en compagnie des mots. C’est ainsi que sont nés les promenades littéraires dans le vieux Malacca, mettre ses pas dans les pas d’illustres prédécesseurs qui ont écrit et qui nous racontent Malacca. Ce sont des administrateurs, des artistes, des avocats, des dessinateurs, des enseignants, des explorateurs, des ingénieurs, des journalistes, des médecins, des missionnaires, des poètes, des romanciers, des traducteurs, de simples voyageurs aussi. Il faut écouter ces voix qui se sont tues, elles permettent de voir ce qui a changé et voir ce qui demeure.

Après la forteresse, il est temps maintenant de découvrir la vieille ville. Vous avez dit Chinatown ? Urbanisme et architecture hollandaise, cimetière musulman, temple hindou, Chitty, mosquée indienne, village malais, tombe sumatranaise, temple bouddhiste, rue des Portugais, église méthodiste, frangipanier, Baba, Serani, Jawi, Chettiars, Javanais… C’est tellement plus qu’une ville chinoise, Malacca est une mosaïque de petites communautés, imbriquées, juxtaposées, parfois mélangées, souvent superposées où sont pratiquées sept grandes religions et où l’on parle encore trente cinq langues.

Retournons sur le pont où se tient Luis Araujo en 1510, prisonnier portugais du dernier sultan de Malacca, Mahmud Shah (Letter written in captivity in Malacca to Afonso de Albuquerque) :

« Dans le port, il y en permanence quatre vingt dix à cent jonques, petites et grandes, cent cinquante perahus appartenant au sultan, et trente jonques appartenant aux commerçants locaux…
A l’entrée de cette rivière, il y a une profondeur de moins de deux mètres à marée basse, mais en amont elle est plus profonde. Sa largeur est d’environ trois longueurs de lance. Elle traverse le centre de la ville et il y a de chaque côté des maisons sur l’eau. A marée basse, l’eau est si peu profonde qu’un petit bateau peut difficilement passer. Cependant, en amont, vers le nord de la ville, à une distance d’environ trois tirs d’arbalète il y a un très bon endroit pour débarquer. »

Avec une rade protégée des moussons, on comprend mieux l’âge d’or de l’ère mercantile et de ses faibles tonnages. La révolution industrielle et l’âge de la vapeur condamnait Malacca à disparaître au profit des ports en eaux profondes.

Un des tous premiers guides de voyage sur la Malaisie a été écrit par la Société des Chemins de Fer Malais en 1914 (Federated Malay States Railways Pamphlet of Information for Travellers) :

« Les rikishas sont le moyen de transport le mieux adapté aux rues étroites de Malacca… Dans la rue Jonker il est vrai que le vieux bâtiment de la perception porte la date de 1673, mais la rue dans son ensemble ne peut pas être comparée avec la rue Heeren. Cette rue a un caractère propre qui la distingue des autres. Elle est longue, supposée être droite, étroite, et formée de deux rangées de maisons chinoises, dont un côté est adossé à la mer et est construit sur des pilotis. L’architecture de la rue est difficile à décrire… Il n’y a pas deux maisons identiques : elles diffèrent en largeur, en longueur, en hauteur. Les formes, les couleurs, les décorations diffèrent. Pourtant, elles forment un tel ensemble harmonieux que les yeux sont ravis de leurs différences dans la similitude. La rue Heeren est la Park Lane de Malacca, car nul autre que les plus riches Chinois y vivent. »

Isabella Bird.

Retrouvons Isabella Lucy Bird, l’infatigable voyageuse anglaise, à l’entrée de la rue Tun Tan Cheng Lock (nouveau nom d’Heeren Street) en 1879 (The Golden Chersonese and the Way Thither) :

« On entre dans la rue principale de Malacca, qui est parallèle à la mer. Du coté de la mer chaque maison consiste en trois ou quatre sections, l’une derrière l’autre, chaque toit étant couvert de tuiles rouges. La dernière section est généralement construite sur la mer, sur des pilotis. Au milieu de chacune des trois sections il y a une cour. La pièce par laquelle vous entrez depuis la rue a toujours la porte ouverte. A travers laquelle vous pouvez voir des maisons montrant un haut degré de civilisation matérielle, de hauts plafonds, de jolis autels faisant face à l’entrée, des tables en ébène massives et sculptées, des chaises en ébène sculptées avec des fonds en marbre, adossées aux murs, des peintures du type appelé au Japon kakemono, de riches bronzes et de fines pièces de porcelaine sur des supports en ébène. De nuit, quand ces pièces sont éclairées avec huit ou dix chandeliers massifs, l’apparence est splendide. Ce sont les maisons des commerçants chinois de la classe moyenne…
Leurs femmes vivent cloîtrées, et habitent la section du fond et ne partagent pas le remarquable « bon temps » que les hommes semblent avoir. »

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