Le Londres du romancier Lee Kok Liang

Nous accueillons Bertrand Mialaret du site MyChineseBooks.com qui nous présente un écrivain anglophone malaisien parmi les plus influents de la période post-indépendance : Lee Kok Liang (1927-1992). Aujourd’hui redécouvert par les jeunes générations de Malaisiens et de Singapouriens, il est considéré comme une figure tutélaire de la littérature régionale. Ses livres n’ont à ce jour pas été traduits en français.

Lee Kok Liang est, avec Lloyd Fernando et K.S. Maniam, l’un des écrivains les plus importants de la littérature malaisienne en langue anglaise. Juriste, homme politique, auteur de deux romans et de deux recueils de nouvelles, il nous séduit par son style, ses qualités d’observation et un regard détaché et plutôt triste sur Londres, Paris et la Malaisie des années 1960.

Un bon roman, London does not belong to me1

Auteur de deux recueils de nouvelles et d’un premier roman, Flowers in the Sky (1981)2, Lee Kok Liang est surtout connu pour son deuxième roman publié en 2003, plus de dix ans après sa mort, qui nous conte ses deux années à Londres (1952-1954), sa vie amoureuse et celle d’un groupe d’expatriés aux débuts du Commonwealth.

L’auteur est né dans le nord de la Malaisie, à Alor Setar, en 1927 dans une famille de Chinois des Détroits de quatrième génération ; sa mère personnifiait un mélange de cultures malaise, chinoise et thaïe. Cette ouverture culturelle est renforcée par une éducation dans les systèmes chinois, malais et anglais. Il va suivre les cours de l’université de Melbourne et commence à écrire des nouvelles. En 1952, il poursuit des études d’avocat à  Lincoln’s Inn à  Londres et revient en 1954 en Malaisie où il s’installe.

Quelques années plus tard, il publie un recueil de nouvelles, The Mutes in the Sun (1963)3, et, avocat à  Penang, il est élu membre de l’Assemblée provinciale. Un second recueil, Death is a ceremony4, est publié juste avant sa mort (1992).

Des amours à Londres, Cordelia et Beatrice

Les relations avec Cordelia et les efforts pour la retrouver après son départ sont le lien qui donne son unité au roman mais aussi une tonalité peu optimiste. Il rencontre Cordelia chez Beatrice ; Delia est jolie, vivante, encore sous le coup de la mort de son frère dans un accident d’avion.

Le narrateur est amoureux d’elle mais elle veut diriger cette relation ; une très belle scène où elle lui demande de lui brosser les cheveux. Mais il s’interroge : « There was in me a fear, a secret doubt that she in her loneliness has used me as perhaps I might have been using her. » (p.50)

Un jour sans explications, Delia disparaît et personne ne sait où elle se trouve. Le narrateur se rapproche de Beatrice, une Australienne qui est très amoureuse. Ils deviennent amants mais elle a souvent l’impression qu’il cherche surtout à obtenir des nouvelles de Delia : « I needed Beatrice as a stimulus to keep my love fresh. » (p.51) Dans le roman, les relations amoureuses ne sont guère épanouissantes, elles sont décrites comme destructrices et négatives.

Il va une semaine à Paris pour tenter de retrouver Cordelia. Il y admire les sculptures de Rodin et leur puissant climat érotique. Il rencontre Colette, la femme de Guy, un jeune Français rencontré à Londres ; les relations du couple sont mauvaises et Colette tente de le séduire.

Un discours anti-colonial très modéré

En tant qu’Asiatique, il est plutot bien accepté dans ce milieu de jeunes venant de tous les coins du Commonwealth, mais Londres reste impénétrable. Ce groupe de jeunes expatriés est assez isolé et marginalisé. Comme dit le narrateur au début du livre : « London was full of rooms, I went from one to the other. Slowly, I adjusted myself and lived the life of a troglodyte learning the tribal customs of feints and apologies. »

Il est un narrateur, un observateur détaché dont on ne sait même pas le nom. L’essentiel pour lui est la recherche de son identité, et le fait que « London does not belong to [him]» le force à la rechercher. L’approche n’est jamais directement politique. On parle peu de Londres et des problèmes d’une grande cité. La Malaisie est soit présentée de manière idyllique, soit critiquée sévèrement.

La langue est vécue comme un outil socio-culturel essentiel ; comme K.S. Maniam, il souligne que c’est l’instrument de colonisation le plus puissant. Néanmoins les différents personnages sont très attachés à  leur liberté de parole : « They want the freedom to feel and say. »

(…)

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1. Lee Kok Liang, London does not belong to me (Maya Press, 2003, 330 pages).

2. Lee Kok Liang, Flowers in the sky (Federal Publications, 1981).

3. Lee Kok Liang, The mutes in the sun and other stories (Raybooks Publications, KL, 1963).

4. Lee Kok Liang, Death is a ceremony and other stories (Federal Publications, Singapore, 1992).

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