Les sources pantouneuses. Hommage à François-René Daillie

François-René Daillie, né à Nîmes en 1925, vient de nous quitter.

Son œuvre est importante, vaste (une trentaine d’ouvrages) et diverse, et je laisserai le soin d’en parler à ceux qui la connaissent mieux que moi, dans son ampleur et sa diversité. Traducteur bien sûr, et quel traducteur ! De l’anglais, de l’allemand, de l’italien – et du malais. Mais également directeur de revue et de collection, romancier et surtout, pour ce qui est de moi, poète. Et au carrefour de la traduction et de la poésie, se situent son œuvre et ses ouvrages sur le pantoun malais.

C’est de cela que je me sentirai donc un peu autorisé à parler. Il y a si peu de temps encore, Jérôme Bouchaud et moi-même discutions de la création de Lettres de Malaisie puis, très vite, de la place que pourrait (pardon, devra) y occuper notre cher pantoun. Le cher pantoun de François-René Daillie. Le nôtre, puisque  très vite vont se regrouper autour du projet quelques-uns de ces fidèles découvreurs que le travail de Daillie sur le pantoun, en France, aura initiés.

Daillie a laissé successivement trois grands recueils de ses traductions de pantouns en français depuis 1985. Le dernier, La Lune et les Étoiles. Le pantoun malais (2000) étant l’accomplissement des précédents, une longue réflexion-bilan d’expériences malaises et « pantouniques » accumulées depuis ses années de service diplomatique en Malaisie (1961-1963 et 1986-1990). Pays où il créa en 1962 l’Alliance Française, dont on fête cette année le jubilé. Sa connaissance du genre en effet fut tout sauf exclusivement livresque : il a eu l’occasion de participer à des campagnes de collectes, racontées dans ce « Récit-Essai-Anthologie ».  C’est dire s’il le connaît intimement.

Moins connue en France est à signaler aussi son étude sur le pantoun rédigée en anglais et publiée en Malaisie en 1988 par les soins du Bureau de la Langue et de la Culture (Dewan Bahasa dan Pustaka). Elle n’a pas peu contribué, dans ce pays, à faire rayonner les échanges entre nos deux pays, continuant d’ailleurs à  servir de référence en la matière. Lorsque les Malaisiens citent encore les pantoums de Baudelaire ou de Leconte de Lisle, c’est dans cet ouvrage phare qu’ils avaient largement puisé.

C’est par le pantoun que je peux parler de ma proximité, ma très grande proximité d’échanges, avec François-René Daillie, dont je n’ai connu l’existence, l’œuvre et les travaux que bien longtemps après ma propre aventure pantounique, engagée au début des années 1970 à Singapour. Lorsque j’ai découvert ses traductions et ses principes, j’avais déjà élaboré les miens. S’est alors engagé l’un de ces fructueux dialogues invisibles – distant, et secret, et pourtant, dois-je l’avouer, si puissant, si quotidien presque lors des moments intenses de « fièvre traductique ». Dialogue par pantouns interposés, par une image interposée, par une rime qui nous divisera toujours et par cet amour dangereux qui nous liera toujours à quatre vers. Un monde en quatre vers, dit du pantoun notre commun ami, poète et spécialiste du genre lui-même, Muhammad Haji Salleh.

Et puis – je termine avec cela, d’autres voies secrètes sont venues s’ouvrir entre nous. J’ai découvert qu’il avait fait ses classes à Lyon – je suis lyonnais. Que son magnifique prénom l’avait peut-être prédisposé à nous laisser cet ouvrage au titre également superbe, Les eaux du Pré-au-Loup – et ma vieille ferme se situe en haut du Pré-ès-Leus (le Pré-aux-Loups), quelque part en centre Bretagne. Ce n’est pas la Vallée aux Loups, mais enfin… Cela travaille, très profondément, en sourdine.

Force des eaux, justement. Des sources cachées qui sont des plus  fécondes, qui montent et qui descendent entre la terre et le ciel.

Limau purut limau lelang

Masak di tepi Pengkalan Rama

Harimau mati tinggalkan belang

Orang mati tinggalkan nama

Georges Voisset, La Cave aux Loups, 5 novembre 2012

De  François-René Daillie sur le pantoun :

Quarante pantouns malais, nrf 392, septembre 1985

Quarante pantouns malais (2° série), Sud 69/70, 1987

Alam Pantun Melay / Studies on the Malay Pantun, DBP, 1988

Anciennes Voix malaises, Fata Morgana, 1993

La Lune et les Étoiles, Le Pantoun malais. Récit-essai-anthologie, Les Belles Lettres, 2000

2 réponses à “Les sources pantouneuses. Hommage à François-René Daillie

  1. Bonjour,
    je suis journaliste en Saône-et-Loire (Bourgogne) et j’ai interviewé plusieurs fois François-René Daillie. Au fil du temps, nous sommes devenus amis en écriture et en poésie. Quand il avait appris que je suivais un atelier d’écriture, il m’avait dit : « tu n’as pas besoin de ça, tu écris comme un dieu ». Venant de lui, le compliment portait car il était sévère et peu … diplomate. Aujourd’hui que je travaille comme documentaliste dans un lycée professionnel agricole, je vais présenter les livres de François-René, expliquer sa vie et tenter peut-être avec les élèves quelques pantouns (on a déjà fait des haïkus). Petite curiosité : je suis d’origine belge et l’oncle de ma mère, qui était religieux, a travaillé dans une mission en Malaise. En 1981, je me suis installée en Bourgogne, dans une maison trouvée par hasard et dans laquelle avait vécu un prêtre qui avait été missionnaire dans la même mission que l’oncle de ma mère. Le monde est vraiment petit.

  2. Monique, un grand merci d’avoir partagé avec nous vos souvenirs de Francois-René Daillie. Oui, le monde est petit et tous les vents semblent mener en Malaisie ! Au grand plaisir de lire vos pantouns.

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