Un Cooler Lumpur aux tons pastel

Petit retour d’impressions sur la première édition du festival Cooler Lumpur, qui s’est déroulé le week-end dernier à Kuala Lumpur. Un évènement consacré au hashtag #word, c’est-à-dire le mot, dans toutes ses formes et sous toutes les coutures, qu’il soit écrit, parlé ou lu. Succès en demi-teinte pour le festival, qui mériterait cependant d’être revu sous une autre lumière, sans le voile du « haze » qui s’est posé depuis quelques jours sur KL…

The Cooler Lumpur Festival

Fait bien connu en Malaisie : il est difficile d’intéresser les habitants de Kuala Lumpur à la chose culturelle, et en particulier littéraire. Serait-ce dû à l’expansion galopante de ses centres commerciaux, au dédale parfois infernal de ses rues embouteillées, à la proximité d’un pouvoir central prompt à la censure ?… Toujours est-il qu’hormis une poignée d’irréductibles bobos made in Bangsar et de jeunes étudiants éclairés, quelques badauds curieux et une pincée d’expatriés, le  festival Cooler Lumpur n’aura pas attiré les foules. Le choix du lieu l’explique sans doute en partie : la galerie commerçante branchée de Publika, du côté de Damansara Heights, est réservée à une certaine élite de la société KL-ite. Mal desservie, d’une architecture froide, elle ne jouit pas du supplément d’âme populaire que peuvent conférer les rues bourgeonnantes de la vieille ville de George Town, dans le cadre de l’autre festival littéraire malaisien, le George Town Literary Festival.

Le haze de Kuala LumpurInvité de dernière minute également : le « haze », ce fameux brouillard dû aux feux d’essartage pratiqué sur l’île indonésienne de Sumatra. Telle une chape de plomb, il est d’abord venu se poser sur Singapour, avant de remonter la côte ouest de la péninsule malaisienne jusqu’à Kuala Lumpur, provoquant fermeture d’écoles et port de masque généralisé parmi la population suffocante. C’est que cette insidieuse purée de pois, qui s’infiltre partout, est redoutable pour les bronches ! Il est probable qu’elle ait retenu dans leurs appartements climatisés une partie des visiteurs potentiels de l’évènement.

Le plateau était pourtant alléchant, savant mélange de plumes locales reconnues – A. Samad Said, Shamini Flint, Chuah Guat Eng, Huzir Sulaiman entre autres – et d’auteurs étrangers confirmés, dont  Benjamin Markovits, Nicola Morgan, Alfian Sa’at, Rishi Reddi et Ma Thida. L’organisation des conférences et ateliers s’est également révélée sans failles, profitant notamment de la bonne humeur communicative de ses modérateurs, Umapagan Ampikaipakan en tête. Qui plus est, le festival marquait la première incursion sud-est asiatique du Edinburgh World Writers’ Conference (EWCC), avec la présence sur place de Nick Barley, directeur du festival littéraire d’Edinburgh, et plusieurs discussions filmées et diffusées en live sur Internet.

Photo © Stacy LiuOn retiendra de cette édition : les commentaires avisés du grand – par la taille et le talent – Benjamin Markovits ; le charisme militant de Marina Mahathir ; les facéties de Shamini Flint et Brian Gomez, qui s’entendent comme larrons en foire ; la jovialité mutine d’Alfian Sa’at et l’humour décapant d’Amir Muhammad et de Jo Kukathas. Trois livres ont été lancés au cours du week-end : Collected Plays, 1998-2012 (aux éditions Checkpoint Theatre) du dramaturge Huzir Sulaiman, Wedding Speech (Fixi Novo) de la néo-romancière Khaliza Khalid, et Parang (Blast!) du poète Omar Musa. Les ateliers de Nicola Morgan et de Yusof Gajah, l’une écrivant pour les jeunes adultes et l’autre dessinant pour les enfants, auront aussi permis de rajeunir momentanément l’assistance.

A retenir par ailleurs – et ce n’est pas insignifiant – l’annonce par Amir Muhammad du lancement de la traduction en malais des nouveaux livres de Stephen King (Joyland) et de Neil Gaiman (The Ocean at the End of the Lane). Une première dans le monde de l’édition malaisienne, où si peu est encore fait pour les lecteurs au malais courant mais à l’anglais balbutiant. Qu’ils se rassurent, leur soif de lecture d’auteurs étrangers est sur le point d’être comblée (une expérience qui pourrait s’ouvrir aux écrivains francophones ?).

Cooler Lumpur #wordS’achevant par une soirée sur le thème du futur pour célébrer la publication en ligne des 6 nouvelles Futura, Cooler Lumpur sera parvenu à rassurer ses participants sur l’avenir de l’édition indépendante et de la littérature en Malaisie. Devant un public moins nombreux qu’espéré certes, et un peu noyé sous les volutes du « haze », mais avec un casting ambitieux et des ambassadeurs inspirés, qui sauront tracer un chemin viable pour le secteur dans les années à venir.

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