Meurtre en Malaisie, avec Shamini Flint

Bonne nouvelle : un nouvel écrivain malaisien vient récemment d’être traduit en français ! Il s’agit de la joviale Shamini Flint, dont les deux premiers épisodes de la série des Inspecteur Singh sont parus cet été aux éditions Marabout. Avis aux amateurs d’enquêtes policières et d’intrigues exotiques : ces deux livres sont faits pour vous ! Shamini Flint nous les présente avec son humour caractéristique et revient pour nous sur son travail d’écriture et sur le festival Cooler Lumpur.

Shamini Flint, vous êtes née à Kuala Lumpur mais vous vivez à Singapour depuis déjà un certain temps. Vous considérez-vous comme faisant partie de la scène litteraire malaisienne ?

Absolument ! Tout dans mon écriture découle de l’expérience de ma jeunesse en Malaisie, en tant que membre d’une minorité de ce pays fascinant, à la fois multiethnique et multireligieux. Je suis aussi une fervente admiratrice d’autres auteurs malaisiens comme Preeta Samarasan, Tash Aw ou Tan Twan Eng qui font tant pour promouvoir la Malaisie dans le monde littéraire.

Votre premier livre, Meurtre en Malaisie, vient d’être traduit par Dominique Brotot et publié aux éditions Marabout. Il relate l’histoire d’un décès mystérieux dont les ramifications remontent jusqu’au puissant lobby forestier malaisien. Vous êtes-vous inspirée de faits réels ?

Flint - Meurtre en MalaisieEn tant qu’ancienne avocate, je me suis toujours intéressée de près aux problèmes politiques et légaux qui affectent notre société. Les pays asiatiques sont souvent dotés de gouvernements faisant passer des lois qui les arrangent et se souciant peu du bien commun ou de la justice sociale. La fiction policière est un prisme idéal pour explorer ces tensions car elle repose inévitablement sur le conflit – son point de départ étant, comme souvent, un meurtre. Le genre permet l’exploration en long et en large des interactions entre des personnages aux profils sociaux, ethniques ou religieux très divers. Et en effet, je me base souvent sur l’actualité mondiale ! La saga qui implique le lobby forestier de Malaisie s’inspire des évènements ayant entouré la disparition et le meurtre présumé du militant écologiste Bruno Manser.

Le personnage principal de votre série policière, l’inspecteur Singh, est un héros rusé mais non sans défaut, aux méthodes inhabituelles pour quelqu’un de son grade. Comment ce personnage vous est-il venu ?

En tant que malaisienne d’origine indo-ceylanaise, je souhaitais que mon policier soit d’ethnie indienne pour pouvoir puiser dans ma propre expérience familiale lorsqu’il s’agirait de lui donner de l’épaisseur. En fait, tout ce que j’ai à faire, c’est d’assister à un mariage dans ma famille et j’aurais assez de lignes de dialogue pour remplir trois livres ! Je l’ai aussi voulu sikh parce qu’il fallait qu’il se distingue physiquement, et le turban s’inscrit dans cette démarche. Qui plus est, depuis les attentats du 11 septembre 2001, il y a eu beaucoup d’articles dans la presse au sujet du turban sikh, comme quoi les Sikhs vivant en Occident souffraient d’être confondus avec les musulmans et étaient souvent pris à parti verbalement et physiquement.
Cela dit, j’ai récemment découvert que l’inspecteur Singh et moi-même avions pas mal de choses en commun, alors peut-être est-il plus autobiographique que je ne le pensais en commençant la série. J’ai l’impression que mon grassouillet policier sikh et moi ne ferons bientôt plus qu’un. Lui a la langue de plus en plus pendue, et moi je prends du poids !

Votre deuxième livre, lui aussi traduit en français,  se déroule à Bali, en Indonésie,  et les suivants en Inde, au Cambodge, en Chine et (comme vous l’annonciez récemment) au Royaume-Uni. Connaissez-vous bien tous ces pays et votre travail de recherche suppose-t-il beaucoup de déplacements ?

Flint - Conspiration à BaliAvant de me consacrer à l’écriture, je me déplaçais beaucoup dans la région pour le compte d’une grande société. Mais en effet, l’une des choses fabuleuses de la série des Singh est qu’elle me permet de faire de longs voyages – pour mes recherches, bien sûr – vers des destinations sur lesquelles je choisis d’écrire ! La recherche est l’un des aspects de mon travail que je préfère. Avant de me rendre sur place, j’ai pris l’habitude de lire énormément d’ouvrages de fiction ou d’essais sur le pays qui servira de décor à mon roman, afin d’être déjà imprégnée du contexte lors de mon séjour. Par exemple, lorsque j’ai écrit l’épisode de Singh au Cambodge, j’ai passé de longs et déchirants moments à me renseigner sur l’époque Khmère Rouge, lisant notamment une biographie de Pol Polt signée Philip Short et de nombreux témoignages de rescapés de cette période. Une partie de moi a toujours voulu devenir chercheuse, et cet aspect de l’écriture me permet d’assouvir mon désir de lecture de gros pavés remplis de données !

Vous avez récemment participé au festival Cooler Lumpur à KL, qui rassemblait un beau panel d’écrivains venus de divers pays. Comment cela s’est-il passé pour vous ?

J’en ai savouré la moindre minute. Je me suis bien amusée, j’ai beaucoup appris et j’espère qu’ils en feront un événement annuel !

Vous avez pris part à un échange sur le thème du roman noir en Malaisie. Considérez-vous votre série des Inspecteur Singh comme appartenant au genre ?

Shamini FlintNon, pas vraiment. Sous plusieurs aspects, la série des Singh rentre plus dans la case des romans mystère à l’anglaise. Une énigme avec, au centre, un cadavre et un policier. J’ai senti que, si je devais succomber à mon désir d’écrire sur la culture et la politique asiatique contemporaine, alors je devais au moins faire en sorte que la structure du livre soit familière, puisque le contenu lui-même serait méconnu de beaucoup de lecteurs.

Vous écrivez également des livres pour la jeunesse. N’est-ce pas une source de confusion pour vous de cumuler les deux genres ?

Est-ce que je farcis mes livres pour enfants de cadavres et mes romans pour adultes de blagues puériles ? J’y suis parfois tentée mais non, dans l’ensemble j’apprécie justement le changement de rythme, de style et de contenu lorsque je passe d’un texte pour adultes à un texte pour enfants, et vice-versa. Je ressens toujours qu’en tant qu’auteur il m’est possible de divertir et d’informer les adultes, mais avec des enfants, il m’est aussi donné de les inspirer et cela me fait chaud au cœur.

Avez-vous été impliquée dans la traduction française de vos livres ? Cela s’est-il passé différemment que pour les traductions en d’autres langues ?

Malheureusement, non. La série des Singh a été traduite dans un grand nombre de langues que je ne parle pas ni n’écris, donc je dépends du professionnalisme des éditeurs et des traducteurs pour que le livre soit réussi. J’espère simplement qu’ils parviennent à reproduire l’humour de mon policier bedonnant ! Peut-être pourrez-vous me le dire ?

Aurons-nous le plaisir de lire encore d’autres de vos livres en français ?

Je l’espère vraiment ! J’en suis au septième épisode de la série !

Retrouvez cet entretien en version originale.

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