Les Mots et le Monde (1ère partie)

L’émergence ces dernières années en Malaisie d’une scène éditoriale indépendante florissante s’accompagne d’un intérêt renouvelé pour l’art et le métier de la traduction. Penang occupe une place importante en Asie du Sud-Est dans l’histoire de la traduction et elle se positionne aujourd’hui aux avants-postes d’une nouvelle vague de créativité litteraire. Gareth Richards et Mohd Izzuddin Ramli révèlent pour nous cette facette méconnue de l’histoire culturelle de Penang dans un article en deux parties paru à l’origine en anglais sur le site Penang Monthly.

Transmission culturelle et traduction

Les traducteurs sont les héros rarement célébrés du monde littéraire. Leurs produits sont consommés et appréciés à grande échelle, mais leurs noms restent, pour des raisons peut-être évidentes, moins connus que ceux des écrivains. Et pourtant, les traducteurs littéraires aident à écrire les livres de ce monde pour les lecteurs. Ils ne font pas qu’opérer des changements d’une langue à une autre, même si cela requiert déjà beaucoup d’adresse et de sensibilité. Ils font aussi le pont entre des cultures diverses. Ils sont les transmetteurs de pensées et d’idées qui relient et font évoluer nos civilisations humaines. Et pour cette seule raison, leur travail devrait être reconnu à sa pleine valeur.

Située au carrefour des moussons, la Péninsule malaise a longtemps été au cœur de l’Histoire du monde et des connections au long cours. À l’origine, elle était un point de rencontre pour navigateurs et voyageurs, soldats et commerçants, migrants et magnats, qui arrivaient (pour repartir ensuite) dans le golfe du Bengale et en mer de Chine méridionale. Au début du XVIe siècle, les nations européennes et leurs compagnies commerciales ont investi par les armes les eaux d’Asie. La Péninsule et, à plus grande échelle, l’Archipel malais sont ainsi devenus une arène incontournable de compétition et, parfois, de collaboration.

C’est dans ce monde qu’est née la Penang moderne. On pourrait arguer qu’à cette époque, les cités portuaires d’Asie du Sud-Est étaient tout aussi cosmopolites que d’autres ailleurs sur terre, voire même plus encore. Il est connu que le développement de Penang fut d’abord soutenu par le commerce (d’épices, d’opium, de textiles, de thé et d’étain) et la concurrence entre les empires. Mais l’île s’imposa aussi rapidement en tant que centre culturel régional. Comme l’écrit l’historien Sunil Amrith, « d’intenses échanges idéologiques et linguistiques furent la conséquence de ces rencontres passagères et de ces relations interculturelles ». Et les mots – qu’ils soient parlés, écrits ou imprimés – jouèrent un rôle vital dans l’assimilation d’une grande diversité d’influences culturelles, l’apprentissage de nouvelles langues et la dissémination d’idées nouvelles. Plus que tout, la « maîtrise des langues » se fit cruciale pour la consolidation de nouvelles communautés et identités.

La halle aux langues : piété et commerce

En réalité, une tradition asiatique de la traduction existait déjà bien avant que les compagnies commerciales européennes ne bâtissent leurs succès et leurs forteresses sur les littoraux d’Asie du Sud-Est. Après tout, la traduction était indispensable à cette foule d’étrangers. D’innombrables vestiges nous en sont parvenus d’une manière ou d’une autre, aussi bien de l’extérieur que de l’intérieur même de la région. En tant que lingua franca d’une grande partie de l’Archipel, le rôle des traductions depuis et vers le malais peut s’illustrer de deux façons complémentaires. D’une part, les traductions de textes en arabe, dont le Coran, permirent la propagation de l’islam à travers la région et le malais devint ainsi la langue pieuse de médiation. D’autre part, des textes religieux fondamentaux, des généalogies royales et des épopées semi-historiques écrits à la base en malais se disséminèrent à travers l’Archipel et influencèrent d’autres langues disposant déjà d’une longue tradition écrite, comme le javanais ou le sundanais.

De manière analogue, les voyageurs européens observèrent auprès des musulmans tamouls que « les Chulias sont un peuple présent dans tous les royaumes et pays d’Asie ». En conséquence, « ils apprennent à écrire et à parler plusieurs langues orientales ». Quant aux marchands chinois, ils avaient échangé avec l’Asie du Sud-Est depuis des siècles déjà, séjournant – et s’établissant même parfois – au gré de leurs voyages. Il est d’ailleurs étonnant que, en comparaison d’autres langues, aussi peu de la culture écrite de langue chinoise ait été introduite dans la région. La dynastie Qing avait interdit à ses sujets d’enseigner le chinois aux étrangers. Comme le note l’historienne Lucille Chia, « en effet, de toutes les myriades de produits transportés dans les jonques chinoises en direction du Nanyang, les livres étaient peut-être ceux qui en étaient largement absents ». Cela changera au XIXe siècle avec l’arrivée en masse d’immigrants en Asie du Sud-Est, favorisant, comme nous le verrons, l’émergence d’une pratique importante de l’édition et de la traduction.

En Europe, l’étude de la langue malaise et sa traduction datent des tout premiers voyages vers l’Asie du Sud-Est. Comme l’explique Annabel Teh Gallop – qui, en tant que curatrice du fonds Asie du Sud-Est de la British Library, a contribué plus que quiconque à la redécouverte et à l’exploitation d’anciens manuscrits –, « la maîtrise des langues était un outil de commerce essentiel à la fois pour les marchands en quête d’épices et pour les missionnaires en quête d’âmes ». Le premier livre en malais imprimé en Europe fut un lexique malais-néerlandais de Frederick de Houtman, publié à Amsterdam en 1603, dont une version anglaise devint le premier livre en malais imprimé en Angleterre, en 1614. C’est seulement en 1701 que le premier dictionnaire malais-anglais fut imprimé à Londres, l’œuvre de Thomas Bowrey (1650-1713), un capitaine de la Compagnie anglaise des Indes orientales. Celui-ci explique dans une préface le besoin urgent d’une telle publication : « Je n’ai trouvé qu’une poignée d’hommes ayant acquis une connaissance passable de la langue malaise, alors qu’il est essentiel de commercer dans ces mers du Sud, et je ne connais aucun livre de la sorte publié en anglais pour aider à l’apprentissage de cette langue. Ces considérations m’ont enhardi à publier le dictionnaire que voici. »

Le manuscrit du dictionnaire de Thomas Bowrey.

Le manuscrit du dictionnaire de Thomas Bowrey.

Suite au travail pionnier de Bowrey, il faudra attendre le début du XIXe siècle pour que les études britanniques de la langue malaise se développent pour de bon, ce grâce aux efforts des administrateurs coloniaux. Ce développement est directement lié à celui de Penang, et notamment à la rencontre sur l’île de deux employés de la Compagnie britannique des Indes orientales : Thomas Stamford Raffles et John Crawfurd. De son côté, Raffles a collecté des vocabulaires de tout l’Archipel, dont une liste de mots en malais écrits de la main de son scribe Ibrahim, originaire de Penang. Ce volume est d’autant plus précieux qu’il contient également un des premiers registres des habitants de Penang, organisé par noms de rues, avec le détail des origines, des métiers et des liens familiaux.

La révolution de l’imprimerie

Si les premiers efforts de traduction sont à créditer largement aux traditions orales et manuscrites en Asie, et à l’imprimerie en Europe, la colonisation favorisa la création de centres d’impression en Asie du Sud-Est même. Batavia (l’actuelle Jakarta), dans les Indes orientales néerlandaises, fut le premier. Mais, étant donné ce que l’historienne Rachel Leow appelle « l’inhabituelle diversité linguistique ayant cours à Penang », il n’est guère surprenant que le premier centre d’impression de la Péninsule s’y soit développé, à peu près à la même période que celui de Malacca. Des pionniers de l’imprimerie expérimentèrent alors avec diverses technologies (la xylographie, la lithographie et la typographie) et acquirent des fontes de caractères romains, arabes et siamois en vue d’ambitieux projets d’édition.

La première imprimerie fut fondée par un entrepreneur indépendant du nom d’Andrew Burchett Bone, qui fit amener sa propre presse à Penang en 1807. Celle-ci fut mise au service de la Compagnie britannique des Indes orientales dans le but de publier des imprimés gouvernementaux et commerciaux à destination des marchands et des administrateurs. L’année suivante, les Missions Étrangères de Paris établirent leur propre presse afin de disséminer une documentation religieuse ; elles furent bientôt suivies, en 1819, par des missionnaires protestants. Comme ces missions géraient aussi des écoles, elles imprimaient des textes élémentaires sur l’orthographe et la lecture, en malais et en anglais, ainsi que des traductions de la Bible. Dans les années 1830, de nouveaux besoins pour une impression en langue chinoise à Penang donnèrent à un autre missionnaire, Samuel Dyer, l’occasion d’introduire la typographie chinoise dans les Établissements du Détroit, une pratique qui offrait alors une alternative moins coûteuse à la xylographie.

Premières pages d'un lexique malais-anglais, avec différentes formes d'alphabet jawi (début du XIXe siècle).

Premières pages d’un lexique malais-anglais, avec différentes formes d’alphabet jawi (début du XIXe siècle).

De ces prémices modestes, la révolution de l’imprimerie – et, dans son sillage, l’explosion du nombre d’œuvres traduites – s’enracina au fil du siècle suivant et par delà. Des documents imprimés étaient produits sous toutes les formes imaginables : des livres de toutes sortes, des tracts religieux, des ouvrages de référence, des pamphlets, des magazines, des rapports et des journaux. Les techniques d’impression eurent aussi un impact direct sur la langue elle-même : le malais était imprimé à la fois en écriture arabe modifiée, le jawi, et en écriture romanisée, ou rumi, et l’impression conduisit à une standardisation progressive des orthographes. Parallèlement, ces techniques eurent aussi un impact durable sur la typographie chinoise, un procédé qui perdure aujourd’hui avec une variété raffinée de systèmes de caractères chinois à disposition.

Deux pionniers de la traduction littéraire

De la révolution de l’imprimerie a découlé un bourgeonnement rapide du secteur de l’édition. Pour Penang et les autres Établissements du Détroit, l’historien Ian Proudfoot distingue trois courants dans l’édition à partir de 1820 et pour un siècle : celui des presses européennes, celui des presses des Chinois du Détroit (Peranakan ou Baba) et celui des presses musulmanes. L’une des caractéristiques des imprimés produits et distribués en abondance à Penang et ailleurs était la grande variété des genres et des sujets abordés, notamment en fiction et en poésie. Et beaucoup de ces imprimés étaient traduits. L’éclectisme du monde de l’édition locale est mieux résumé par deux exemples fascinants : le développement de la littérature chinoise peranakan en langue malaise, illustré par les traductions de Chan Kim Boon ; et le travail de l’intelligentsia musulmane, emmenée par Syed Sheikh al-Hadi et dont les membres deviendraient les hérauts des luttes nationalistes à venir.

Chan Kim Boon

Chan Kim Boon

L’émergence d’une tradition distincte de traduction chez les Peranakan remonte aux dernières décennies du XIXe siècle, lorsque une part importante de Chinois éduqués lisaient le malais romanisé. Figure intéressante parmi ces premiers traducteurs peranakan, Chan Kim Boon (1851-1920) naquit au sein d’une famille commerçante de Penang et prit le nom de plume de Batu Gantong (Roche Suspendue). Il fréquenta la Penang Free School, où l’enseignement était dispensé en anglais, et il acquit aussi une bonne maîtrise du malais et du chinois.

Après avoir déménagé à Singapour pour travailler comme comptable, il débuta dans les années 1890 la publication monumentale de son Sam Kok (Sanguo), une traduction en 30 volumes du chef-d’œuvre classique Les Trois Royaumes. Ce n’est pas seulement l’ampleur de l’entreprise qui – à hauteur de 4622 pages – force le respect, mais c’est aussi le fait que Chan se proposa de donner un aperçu inédit de son travail de traduction : il inclut des listes d’expressions chinoises avec leurs équivalents en malais et parfois en anglais ; il ajouta nombre de notes de bas de page explicatives ; et, pour les derniers volumes, il précisa les caractères chinois utilisés pour chaque nom, titre et fonction. Sans compter que ses livres étaient remarquablement illustrés de gravures sur bois qui complétaient ainsi l’histoire et rehaussait leur attrait visuel. Chan pouvait compter sur un lectorat reconnaissant. Un intellectuel malais du nom de Mohammed Salleh bin Perang écrivit en 1894 : « J’aimais beaucoup lire les contes chinois, mon préféré étant celui de Sam Kok car s’y trouvent plusieurs passages de valeur, dont des allusions et des paraboles qui devraient être entendues des officiels au service de nos rois. »

Couverture originale du volume 24 de la série des Sam Kok.

Couverture originale du volume 24 de la série des Sam Kok.

Bien qu’il y ait eu quelques autres traducteurs remarquables à cette période, tels que Tan Beng Teck et Lim Hock Chee, il fait peu de doute que Chan Kim Boon devint la figure dominante dans le petit monde de l’édition peranakan malais. Outre Sam Kok, il traduisit également deux autres classique chinois : Song Kang (Au bord de l’eau) et Kou Chey Tian (La pérégrination vers l’ouest), et d’autres textes encore qui ne lui ont malheureusement pas survécu. Après sa mort, le nombre de traductions d’histoires chinoises en malais déclina, dû en partie à la préférence croissante de la communauté peranakan pour les livres de langue anglaise.

À la même époque, en cette fin de XIXe siècle, un secteur florissant de l’imprimerie et de l’édition musulmane se fit jour à Penang. Il est plus exact de décrire cette maturation comme musulmane plutôt que malaise, car beaucoup de ses dirigeants étaient d’origines ethniques diverses, dont des Jawi Peranakan aux ascendances indienne et arabe. Le nombre d’imprimeurs et d’éditeurs était alors assez stupéfiant : on y retrouvait la Freeman Press (sur Acheen Street), la Muhammadiah Press (sur Hutton Lane), la United Press (sur Dato Keramat), la Persama Press et la Bahtera Press (toutes deux sur Acheen), la Al-Zainah Press (sur Pitt Street), la Percetakan Sahabat (sur Penang Street) et la Al-Huda Press (sur Dato Keramat). Toutes ces maisons d’édition étaient impliquées non seulement dans la production d’ouvrages religieux, dont des traductions qui trouvaient des lecteurs parmi la population musulmane de Penang ainsi que parmi les pèlerins de passage, mais aussi dans la publication de textes historiques comme le Hikayat Merong Mahawangsa et le Al-Tarikh Salasilah Negeri Kedah.

Plus important encore était leur rôle dans la diffusion de l’idéologie d’un islam moderne et réformateur qui allait servir de base à l’émergence prochaine du nationalisme malais. Ainsi que les décrit l’historien Abu Talib Ahmad, ces éditeurs étaient « progressistes » et devinrent des « agents essentiels du changement » dans la société malaise d’avant-guerre. Peut-être le principal chantre de ce message moderniste au cours des premières décennies du XXe siècle fut-il Syed Sheikh al-Hadi (1867-1934), personnalité emblématique, à la fois auteur, traducteur, éducateur, éditeur et fondateur de la Jelutong Press. Né près de Malacca, les premières années de la vie d’al-Hadi montrent à quel point les expériences des premiers réformateurs musulmans pouvaient être cosmopolites : il passa ses années d’études au centre littéraire de Penyengat, dans la bibliothèque royale de Riau, accédant ainsi à une grande variété de textes, de journaux et de livres arabes et malais ; il reçut ensuite son éducation religieuse au Terengganu ; il voyagea jusqu’en Égypte et aurait rencontré des intellectuels réformistes de premier plan comme Muhammad Abduh et Rashid Rida, dont il traduisit plus tard les ouvrages ; il vécut à Singapour en tant qu’éditeur de la revue moderniste Al-Iman et enseignant dans une madrasah, avant de s’installer à Johor Bahru où il travailla comme avocat en religion pour une clientèle privée. En résumé, al-Hadi était un véritable intellectuel organique.

Tout cela servit de prélude à son séjour à Penang. Au milieu des années 1920, il fonda la Jelutong Press, lança son propre mensuel, Al-Ikhwan, la voix dominante de l’islam moderne en Malaya, puis l’hebdomadaire Saudara. Comme un écho de temps plus anciens, ses chroniques d’actualité, ses romans-feuilletons et ses articles sur la réforme religieuse – qui incluaient des traductions de l’exégèse du Coran par Muhammad Abduh – étaient lus à travers la Péninsule, du sud de la Thaïlande jusqu’aux Indes orientales néerlandaises, ainsi que par les étudiants musulmans de Londres, du Caire et de la Mecque. Son activité de traduction était en grande partie motivée par son combat contre l’enseignement orthodoxe de l’islam et devint ainsi un moyen d’influencer le débat reformiste au sens large en Malaya.

Syed Sheikh al-Hadi et sa famille devant leur maison de Jelutong Road, à Penang.

Syed Sheikh al-Hadi et sa famille devant leur maison de Jelutong Road, à Penang.

La fiction policière fut aussi l’un des genres les plus populaires auprès de ses premiers lecteurs. Parmi ces histoires, les plus connues étaient celles de la série des Rokambul. Al-Hadi reprit ainsi plusieurs épisodes des aventures de Rocambole, ce héros intrépide, mi-aventurier, mi-détective créé par Pierre Alexis de Ponson du Terrail, probablement à partir des traductions arabes existantes plutôt que des originaux en langue française. Il fut même suggéré que la description d’outsiders telle qu’elle est courante dans la fiction policière était censée susciter une culture de résistance chez ses lecteurs, tout du moins au niveau de leur imaginaire – une sorte de « niveau caché de lecture » comme critique du pouvoir. De manière intéressante, plusieurs épisodes de la série des Rocambole furent traduits en malais par Lie Kim Hock, à Batavia, et publiés au tout début du XXe siècle. Il n’est pas certain qu’al-Hadi – dont les traductions parurent une vingtaine d’années plus tard – ait eu connaissance des traductions de Lie.

Des communautés imaginaires

La production littéraire de Chan Kim Boon et de Syed Sheikh al-Hadi dans les décennies de transformation de la fin du XIXe et du début du XXe siècle, montre à quel point Penang était centrale dans la dissémination de l’écrit, dans l’affirmation d’un secteur naissant de l’édition et dans les échanges linguistiques. Bien sûr, le cas de Penang n’était pas unique dans ce domaine : les deux autres Établissements du Détroit – Malacca et Singapour – avaient eux aussi développé des centres d’édition prospères, et le Sultan Idris Training College de Tanjung Malim devint l’incubateur principal des écrivains malais et des travaux de traduction.

Comme nous l’avons vu, toute cette effervescence s’ancrait dans des pratiques bien plus anciennes de production littéraire – dont l’Archipel fit un usage intensif et s’en trouva modelé par des textes de toutes sortes d’origines arabe, indienne, chinoise et européenne. Ces pratiques fournirent la substance nécessaire à une tradition asiatique sophistiquée de traduction. Cependant, l’impact du colonialisme européen – qui s’est accompagné d’une dynamique de modernisation, apportant l’éducation formelle et la révolution de l’imprimerie – aura initié une nouvelle phase sur le plan qualitatif pour la production littéraire et l’approche du travail de traduction.

La révolution de l’imprimerie fut, bien entendu, un prérequis pour une telle effeverscence. Mais, plus important encore que la technologie elle-même, l’imprimerie permit l’intégration de communautés aux traditions linguistiques différentes dans un état de « camaraderie profonde, horizontale » et au sein d’un imaginaire commun, tel que l’a mémorablement écrit Benedict Anderson. Dans la période menant à la seconde guerre mondiale, les traductions – aussi bien d’œuvres de fiction que d’essais – trouvèrent un nouveau lectorat dans le petit monde en pleine évolution de Penang et de la Péninsule malaise. La traduction constituait un processus d’acquisition, d’incorporation et d’adaptation qui allait contribuer à la formation du milieu culturel de l’après-guerre.

gareth-2Gareth Richards est auteur, éditeur et libraire. Il a co-édité l’ouvrage Asia-Europe Interregionalism: Critical Perspectives (Routledge, 1999) et écrit les textes de deux livres de photographies : Portraits of Penang: Little India (Areca Books, 2011) et Panicrama (Tan Yeow Wooi Culture and Heritage Research Studio, 2016). Il est le fondateur de la librairie Gerakbudaya Bookshop, à Penang.

izzuddinMohd Izzuddin Ramli est chercheur au  Penang Institute au sein du groupe Nusantara Studies. Ses centres d’intérêt portent sur la culture, la vie politique locale et les études subalternes. Ses recherches touchent aux activités littéraires dans le contexte de Penang, et plus particulièrement au domaine de la traduction. En dehors de son travail académique, il commente l’actualité politique et sociale pour Penang Monthly et d’autres portails d’actualité malaisiens. Certains de ses travaux peuvent être lus dans Lastik! Lontaran Batu-Batu Kerikil (2016), Prisma: Koleksi Rencana Kontemporari, Suara Anak Muda, Seni dan Budaya (Merpati Jingga, 2015) et Letters to Home: Young Malaysians Write Back (Matahari Books, 2016).

Lire l’article dans sa version originale sur le site de Penang Monthly. Lettres de Malaisie tient à remercier les auteurs et Julia Tan pour leur accord donné à cette publication.

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